La calèche remplie de trop de gens, bien attelée derrière lui, faisait souffrir ses épaules fatiguées et meurtries par le cuir usé des courroies, et ses pieds ferrés, ne comptaient plus les trous et les fissures de ses sabots aussi mal en point que le bitume de Montréal, sur lequel le son du métal résonnait jusque dans son crâne avili

Kalech le petit cheval Courageux

Depuis plusieurs années, pour sa survie et surtout celle de son cocher, le petit cheval trottait courageusement.

Les journées se passaient comme ça, en toute simplicité, et pour notre petit cheval, c’était parfait. Kalech ne voyait pas comment il aurait pu être plus heureux qu’auprès de sa maman, avec des compagnons de jeux, dans ce magnifique pré rempli d’arbres, de sentiers à explorer, et « l’homme » qui venait gentiment les visiter chaque jour.

Et même, parfois « l’homme » arrivait encore plus souriant que d’habitude, et, ces jours-là, ont savait tous dans le pré,
qu’il y avait des carottes pour tout le monde et c’était la fête, et « l’homme » semblait très satisfait de voir tous ses chevaux savourer les carottes, car ces jours-là, il restait beaucoup plus longtemps que d’habitude et il riait à gorge déployée.

Franchement qu’est-ce qu’un jeune poulain aurait pu demander de plus ?

Tous les jours, beau temps, mauvais temps,  il respirait directement le monoxyde de carbone émanant du tuyau d’échappement des voitures. Cela durait depuis si longtemps qu’il avait peine à se souvenir de l’odeur du mil fraîchement coupé dans sa région natale, alors qu’il vivait paisiblement près de sa maman et que tout était si simple et facile.

D’ailleurs il avait presque totalement oublié qu’il était un cheval, et que quelque part en ce monde, loin du bruit, du bitume et de la pollution des voitures, un autre ciel montrait des nuits remplies d’étoiles à perte de vue la nuit, et que la rosée du soir, était comme une ondée de fraîcheur, mélangeant tous les parfums de la végétation luxuriante qu’il avait connu les premiers mois de sa vie.

En ce temps-la, au petit matin, le pré baignait encore dans la pénombre lorsque « l’homme » arrivait tout sourire, et disait d’une voix profonde : « Ça va mon gars… et toi Bella, ma beauté, tu as passé une bonne nuit? ».

Bien sûr, kalech était encore très jeune et ne comprenait pas bien le sens de tous ces mots, mais il sentait bien que c’était amical, et sa maman, à chaque fois que « l’homme » arrivait, se montrait si joyeuse et accueillante.

En observant « l’homme » caresser sa maman, Kalech se disait en lui-même, que « l’homme » était certainement un ami fidèle et important pour eux.

Malheureusement toute cette beauté, ce plaisir partagé fut de courte durée, et bientôt alors qu’il n’avait que 4 mois, une jeune femme était venue le « choisir », alors qu’il broutait paisiblement avec sa mère et ses amis au champ.

Kalech n’avait pas vu souvent d’autres personnes que « l’homme », et, curieux, il était allé vers elle doucement.

Cette attitude confiante avait séduit la jeune femme, et tout de suite, elle avait fait son choix sur lui…

S’il avait su…S’il avait connu la suite… Il serait resté près de maman… il l’aurait ignoré cette « femme ».

Dès le lendemain de cette visite, « l’homme » était venu, et il ne semblait pas comme d’habitude. Il s’était approché de maman et lui avait passé un licou sur la tête.

C’était la première fois que notre petit cheval voyait un tel comportement chez « l’homme ».

Comme maman semblait le suivre docilement, il n’avait eu d’autre choix que de les suivre lui aussi.

Tout cela lui semblait bien étrange, et il sentait son cœur de poulain battre la chamade, en les suivant de façon fébrile et hésitante vers l’inconnu.

« Maman! Maman! Que se passe-t-il ? » Sa maman lui avait alors répondu d’un hennissement réconfortant.

 « L’homme » les emmenât vers des choses que notre petit cheval n’avait  encore jamais vu: un camion muni d’une remorque. Il y fit monter maman, alors bien sûr, notre jeune poulain la suivit.

Puis alors qu’il sentait le sol à plein naseaux, quelque chose d’inattendu se produisit… la porte se refermât bruyamment derrière lui… À peine quelques faisceaux de lumière lui permettaient de voir le sol de cette geôle.

Des hennissements retentissaient à l’extérieur… c’était maman… Kalech, quant à lui, était entièrement tétanisé… le souffle coupé… il tremblait de tous ses membres… et son cerveau était comme figé dans un mauvais rêve.

Une vibration commençât de se faire sentir et bientôt il perdit l’équilibre et tombât sur le sol; une couche de foin sec amortit un peu sa chute. Tous ces bruits inconnus envahirent son esprit et il s’endormit.

La porte s’ouvrit et la lumière aveuglât notre petit cheval. Le temps que ses pupilles s’adaptent, « la femme » apparut dans l’entrebâillement et lui sourit. Elle semblait très heureuse de le voir et lui était tout aussi heureux de se réveiller d’un si mauvais rêve.

« La femme » avait des mots différents de « l’homme » mais il savait intuitivement, que plus rien ne serait jamais pareil désormais. Dans sa résilience de cœur de petit cheval courageux, il pensât à sa mère, à l’exemple qu’elle lui avait laissé, et il choisit de sourire intérieurement à « la femme », exactement comme sa mère avait toujours sourit à « l’homme ».

Timide, il se laissât approcher par elle, et bien qu’il ne sache pas où cela le mènerait, il acceptât docilement le licou autour de sa tête. En sortant de cet espace restreint, il put voir un endroit totalement différent, de celui où il avait vécu les premiers mois de sa vie. Des clôtures, des bâtiments, des chevaux seuls dans des pacages bien alignés les uns à côté des autres. Tout cela lui semblait bien étrange, si méthodique, tout était si bien placé, si carré. Tout l’inverse de chez « l’homme ».

Même « la femme » était très différente de l’homme… sa voix était beaucoup plus claire… ses cheveux longs comme la crinière de maman, et ses vêtements avaient une odeur de fleurs des champs, ce qui était, somme toute, assez agréable. Une chose très bizarre pour notre petit cheval, « la femme » ne cessait de le regarder et de tourner autour de lui, on aurait dit un jeu, comme quand il jouait avec ses compagnons. Alors pour lui répondre, il s’était mis à tourner avec elle, mais ça ne semblait pas être ce qu’elle voulait, car son sourire avait soudainement disparu, son ton de voix avait changé, et elle l’avait emmené dans une nouvelle boîte, un box était le mot qu’il avait entendu de ces lèvres rouges et brillantes.

Il se retrouvait une fois de plus, seul dans un espace restreint, mais cette fois, aucun bruit de moteur, aucune destination mystérieuse, il savait que ce serait long, très long et il s’endormit à nouveau.

Je pense qu’il rêvât tout le reste de sa vie… et un jour ou peut-être une nuit, dans son dernier rêve, alors qu’il marchait péniblement sur le bitume d’une grande ville : peut-être Montréal, ou ailleurs ? Il ne savait pas depuis combien de temps, ni qui tenait les rênes reliées au mors qui meurtrissait sa bouche; Bang! Tout s’arrêtât.

Attendez… l’histoire de Kalech ne s’arrête pas là: Aujourd’hui Kalech s’est remis de ses blessures et se repose dans un magnifique pré.

En effet, une merveilleuse famille d’accueil l’a adopté. Personne ne sait exactement tout ce qu’il a vécu, entre sa vie chez « la femme » et sa vie de cheval de trait à Montréal, mais ça n’a plus d’importance… Kalech est bien là où il a trouvé refuge, et il finira ses jours, paisiblement entouré de bons soins et de beaucoup d’amour avec la famille qui l’a pris sous son aile.

♥Merci à toutes les familles d’accueil

Voir: Programme de prise en charge des chevaux de calèche à Montréal

Texte et photo: chevalyoga©tous droits réservés, juin 2018

www.chevalyoga.com

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